Comment fonctionnent "marché" et "spéculation" ? Classiquement, les « produits financiers » sont au nombre de deux : actions et obligations. Avec le développement des marchés financiers, on assiste à des « innovations financières », à une multiplication de produits financiers qui alimentent la spéculation. Actions et obligations Action : il s’agit d’un titre de propriété donnant éventuellement droit à un revenu variable, appelé dividende, selon la performance de l’entreprise et sa stratégie de distribution de dividendes. Une entreprise peut dégager des bénéfices et décider de les réinvestir dans l’entreprise (investissement matériel, recherche-développement, formation...). Elle peut aussi décider de distribuer les dividendes aux actionnaires. C’est ce qui se pratique de plus en plus. Ainsi, en 2010, le montant des dividendes versés par les sociétés non financières (hormis banques et assurances) à leurs actionnaires était de 218 milliards d’euros, tandis que le montant des investissements réalisés par les mêmes entreprises n’était que de 180 milliards. Prise dans l’ensemble, les entreprises ont donc privilégié la distribution des dividendes. Certaines entreprises, à l’instar de France télécom, vont jusqu’à garantir un taux de distribution de dividendes sur plusieurs années, quelle que soit la conjoncture. C’est l’apogée de la domination de la logique financière sur la logique industrielle. L’entreprise vend, émet, les actions sur le marché dit « primaire ». Les acheteurs peuvent ensuite revendre les actions qu’ils ont achetées ; il s’agit alors d’une transaction sur le marché dit « secondaire ». Il faut bien préciser que si l’émission de l’action sur le marché primaire vise à répondre à un besoin de financement de l’entreprise, les transactions sur le marché secondaire n’ont aucun lien direct avec le besoin de financement de l’entreprise. Mais la facilité de pouvoir revendre les actions de l’entreprise sur le marché secondaire (la liquidité de l’action) conditionne par la suite l’accès de l’entreprise aux financements futurs (émission de nouvelles actions, crédits bancaires...). Obligation : il s’agit d’un titre de reconnaissance de dette. L’émetteur (entreprise, État et collectivités, établissements publics, organismes sociaux) s’engage à verser chaque année un montant fixe déterminé au départ et la totalité du capital (principal) à la fin du contrat (à la maturité). Il existe une forme particulière d’obligation, dite « obligation perpétuelle », qui rapporte pour une durée infinie un revenu fixe (une rente) mais sans paiement du principal. D’autre part, dans les années quatre-vingt, une série de réformes ont créé, sur le modèle des États-Unis, des titres de créances négociables, analogues aux obligations, mais de durée plus courte : bons du Trésor négociables, billets de trésorerie émis par les entreprises, certificats de dépôt émis par les banques, etc. Tous ces titres peuvent aussi faire l’objet de transactions (rachat, revente) sur le marché secondaire. En règle générale, le prix de transaction varie en sens inverse du taux d’intérêt. Si les taux d’intérêt augmentent, le prix de l’obligation sur le marché baisse. Ainsi, le prix peut être inférieur à la valeur faciale (nominale) de l’obligation. Produits dérivés, produits structurés, produits toxiques - Un produit dérivé est une sorte d’assurance visant, en principe, à protéger les acquéreurs d’un titre financier, des variations imprévisibles des prix. Par exemple, un produit dérivé pourrait être destiné à protéger l’acquéreur d’une obligation contre les variations des taux d’intérêt. Un tel contrat d’assurance est appelé un « produit dérivé », car il résulte d’une transaction initiale. On dit alors que le produit dérivé a un « sous-jacent ». Dans les faits, les produits dérivés font eux mêmes l’objet de transactions sur les marchés financiers. Dès lors, de telles opérations ne peuvent qu’avoir un caractère spéculatif. - Les produits structurés obéissent à la même logique spéculative, mais ici le processus est un peu plus complexe. Une banque qui a accordé un crédit, va transformer ce crédit en titres négociables. Autrement dit, elle va couper le crédit en morceaux (titres) qui peuvent faire l’objet de transactions sur le marché. Ce technique est appelée « titrisation ». La personne (physique ou morale) qui achète ces titres va émettre des obligations qui sont adossées à ces titres. Les titres négociables sont ensuite hiérarchisés en fonction de leur risque et leur rendement. En règle générale, le rendement est d’autant plus élevé que le risque est fort. Cette logique spéculative aboutit à l’apparition de « produits toxiques ». Ces transactions spéculatives ont fortement augmenté dans les années 1990 et 2000. Elles représentent 90 % des transactions sur les marchés financiers.
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